Le 6 avril 2023, nous avons posé une question orale en fin de conseil municipal. Comme elle n’a reçu aucune réponse malgré nos relances, je la dépose à nouveau ici pour que les Melunaises et Melunais puissent avoir le même niveau d’information sur une question d’intérêt général et de santé publique et environnementale.
Le 23 février 2023, le journal Le Monde publie une enquête d’investigation indépendante portée par le quotidien et le « Forever Pollution Project ». On y découvre l’étendue géographique d’une pollution par des substances chimiques toxiques (les substances perfluoroalkylées, ou PFAS) développées à partir du milieu du 20e siècle. Ces PFAS (4000 composés chimiques) sont utilisés en raison de leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes, leur résistance à la chaleur ou leur élasticité. Le Téflon antiadhésif des poêles Tefal en est une illustration, tout comme les peintures, les semiconducteurs, le papier toilette, etc. Les PIFAS ne sont plus forcément exploités par les industriels, mais ils demeurent présents pour longtemps dans la nature, à tel point que l’on appelle ces molécules persistantes les « substances chimiques éternelles ». L’enquête révèle des niveaux de contamination dangereux pour la santé. 2 100 « hot spots de contamination » (au-delà de 100 nanogrammes par litre) sont répertoriés en Europe. Le Monde relaie les données d’une recherche toxicologique sur les effets de l’exposition aux PFAS, même à faible dose : « diminution du poids des bébés à la naissance, de la fertilité ou de la réponse immunitaire aux vaccins chez les enfants ; augmentation des risques de cancers du sein, du rein ou des testicules ; maladies de la thyroïde ; colite ulcéreuse ; hausse du taux de cholestérol et de la tension artérielle, et prééclampsie chez les femmes enceintes ; risques cardio-vasculaires. » En 2023, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires a défini un plan d’action dont la mise en œuvre doit se dérouler pour la période 2023-2027. Entre autres actions, elle comporte non pas une interdiction, mais une réduction des émissions de PFAS par les industriels.
Dans la liste des sites contaminés ou présumés contaminés, nombreux en Île-de-France, un « hot spot » est détecté à Saint-Méry en 2020 : un prélèvement dans le ru de la Prée a mesuré une contamination de 374,4 ng/l, soit près de quatre fois le seuil d’alerte de 100 nanogrammes par litre. Ce ru se jette dans celui d’Anceuil : à Moisenay, un prélèvement en 2022 atteste une contamination de 104,6 ng/l. La même année, un autre prélèvement dans l’Almont, à Melun, révèle une contamination : 34,4 ng/l. C’est suffisamment notable (plus de trois fois le niveau minimal de 10 ng/l) pour être intégré dans la liste. Et c’est d’autant plus notable que les activités sont nombreuses le long de cette rivière – ne serait-ce que la culture des jardins partagés. Enfin, à ces sites avérés s’ajoutent des suspicions de contamination sur les sites industriels de Villaroche et au SMITOM-LOMBRIC de Vaux-le-Pénil.
Les questions abondent, et je les ai posées à Monsieur Vogel, qui a sans doute transmis le dossier au nouveau maire Kadir Mebarek. Quelle est la nature exacte de ces contaminations ? De quelles substances chimiques s’agit-il ? Quelles en sont les origines ? Quels sont les risques pour la santé humaine des riverain·es et la nature ? Quels sont les effets des crues et inondations sur la diffusion de ces substances toxiques ? La ville de Melun, de conserve avec la CAMVS et d’autres entités politiques et administratives compétentes, comptent-elle mettre en place un suivi de ces pollutions ?
On imagine bien que ces questions appellent des investigations complexes. Plus de 6 mois après cette demande d’information, on imagine que des experts mandatés par des agences publiques chargées de veiller sur la santé environnementale et la santé publique sont à pied d’œuvre. En attendant les premiers résultats de ces investigations, on est néanmoins inquiet. Cette pollution à Melun doit être replacée dans un contexte plus large, relatif à la régulation – et à la suppression, quand c’est nécessaire – des substances chimiques dangereuses. L’Europe, par le bais de la Commission Européenne qui lave plus vert que vert, a tout récemment abandonné la réforme de la réglementation Reach, « enregistre et évalue [depuis 2007] les substances chimiques présentes dans les jouets, le maquillage, les peintures, les produits d’entretien et in fine dans l’air que l’on respire, le sol que l’on cultive, et l’eau que l’on boit : phtalates, bisphénols, parabens, et bien sûr les fameux PFAS, perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés, aussi appelés polluants éternels. » Il ne faudrait pas mettre en danger l’industrie chimique européenne et ses poids lourds comme Bayer ou BASF, forts leviers de croissance économique selon les lobbies qui les défendent ardemment – mais à quel prix humain. C’est d’autant plus absurde que les interdictions sauveraient des vies : comme le suggère le journaliste Stéphane Foucart à partir d’évaluations contenues dans l’étude d’impact de la Commission européenne, « Les mesures de retrait les plus ambitieuses des molécules problématiques représenteraient quelque 31 milliards d’euros de bénéfices annuels en termes de maladies évitées (les pertes associées pour les industriels étant environ dix fois moindres). C’est évidemment énorme, mais ces chiffrages économiques – la seule métrique que les élites occidentales semblent capables de comprendre – ont tendance à invisibiliser ce qu’ils sont pourtant censés refléter : la maladie et la souffrance, la détresse, le malheur et la mort. » C’est donc avec toutes ces données en tête, et à l’approche d’une campagne pour les élections européennes de 2024, que nous relancerons ces questions au sein du conseil municipal.
Arnaud Saint-Martin
Image mise en avant : crues de la Seine à Melun, 2018. © AFP, Philippe Munier.


