Alors que le président avait pris l’engagement d’une « nation sportive » et d’une continuité dans l’engagement sportif après les Jeux Olympiques de Paris 2024, le gouvernement tourne le dos à ses engagements en réduisant l’accès au Pass’Sport, cette aide de 50 euros qui vise à favoriser l’inscription des jeunes dans des clubs de sports. Désormais, les enfants de 6 à 13 ans seront exclus du dispositif. Une décision scandaleuse, injuste et profondément hypocrite, qui trahit les principes mêmes que l’exécutif prétend défendre.
Plus d’un million d’enfants âgés de moins de 14 ans bénéficiaient chaque année du Pass’Sport, représentant plus de 85 % de l’ensemble des bénéficiaires. Supprimer leur accès, c’est priver la jeunesse populaire de l’un des rares outils concrets d’accès au sport. Quand on sait que l’adhésion à un club peut coûter entre 100 et 400 euros par an, coût qui augmente chaque année en raison de l’augmentation des prix des dépenses des clubs, cela devient un obstacle insurmontable pour de nombreuses familles précaires.
Dans les quartiers populaires, les zones rurales, les familles isolées ou encore les familles en difficultés financières, le Pass’Sport permettait un accès au sport à moindre coût. Le retirer, c’est envoyer un message clair : le sport n’est plus qu’un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. Une logique de tri social qui nous est insupportable.
Même si son fonctionnement pourrait être amélioré, en 2024, plus de 1,6 million de jeunes ont bénéficié de cette aide. Un chiffre en hausse depuis 2021, où un million de jeunes ont pu en bénéficier (taux de recours d’environ 19%). Ce chiffre prouve que le Pass’Sport se développe de mieux en mieux avec un taux de recours de 27% en 2024 : il permet l’accès à une pratique encadrée, structurante, éducative et protectrice. Dans un contexte où les prix explosent, où les familles peinent à remplir leur caddie. Supprimer ce coup de pouce de 50 euros, c’est aggraver la fracture sociale.
Comme le dénonçait le député François Piquemal (LFI) à l’Assemblée nationale, cette réforme s’inscrit dans une politique de régression, où les économies budgétaires se font toujours sur le dos des plus précaires, pendant qu’on arrose les grandes fortunes de cadeaux fiscaux.
Le gouvernement prétend promouvoir l’activité physique pour lutter contre l’obésité infantile, la sédentarité, l’isolement. Mais il prive dans le même temps les plus jeunes de l’un des seuls leviers d’accès au sport organisé. Quelle hypocrisie !
Le sport est un outil de santé, d’émancipation, de socialisation et de citoyenneté. Entre l’âge de 6 et 11 ans, on découvre la vie en collectif, on apprend les règles, la discipline, la confiance en soi. Supprimer l’aide à cet âge-là, c’est condamner des enfants à décrocher définitivement, car ce sont ces premières années qui conditionnent l’appartenance durable à un club sportif.
Derrière les familles, ce sont aussi les clubs sportifs locaux, souvent associatifs et leurs bénévoles, qui vont subir le contrecoup. Moins d’inscriptions, c’est moins de ressources, moins de vie locale, et plus de désertification sportive.
À l’heure où les associations peinent à survivre dû aux coupes gouvernementales dans les dépenses publiques, cette décision menace l’un des piliers de la cohésion sociale dans nos territoires.
Nous défendons une vision universaliste et sociale du sport : un sport pour toutes et tous, sans distinction d’origine sociale, de lieu de vie ou de revenus. Nous souhaitons faire du sport un outil d’émancipation et de justice sociale.
Plutôt que de restreindre le Pass’Sport, il faudrait l’élargir :
- En augmentant son montant ;
- En développant et simplifiant son accès ;
- En simplifiant les démarches administratives nécessaires aux clubs pour obtenir le financement ;
- En l’intégrant à un véritable service public du sport.
Réduire l’âge d’accès au Pass’Sport, c’est s’attaquer aux plus jeunes, aux plus précaires, aux plus fragiles. C’est une faute morale, sociale, éducative. Nous exigeons l’abandon immédiat de cette réforme. Nous appelons les familles, les éducateur·rices, les clubs, les élu·es locaux·ales à se mobiliser.
Parce que le sport est un droit, pas un privilège.
Parce que nos enfants méritent mieux que des économies de bout de chandelle.
Parce que l’accès à la pratique sportive est un enjeu d’égalité, de santé et d’émancipation.
Ne réduisez pas le Pass’Sport. Étendez-le. Renforcez-le. Défendez-le.
Cédric Billoué, co-animateur du Groupe d’action LFI de Melun


