Rentrée scolaire 2025 : les élèves en situation de handicap encore et toujours laissés pour compte

Nous avons, comme chaque année, assisté avec attention à la traditionnelle tournée des écoles en ce jour de rentrée scolaire. Cette visite, qui a débuté à l’école Héloïse et Abélard, s’est tenue en présence du Préfet, de la nouvelle Directrice académique des services de l’Éducation nationale (DASEN), Aline Vo Quang, de l’inspectrice d’éducation nationale, du maire M. Kadir Mebarek, de l’adjoint à l’éducation M. Henri Mellier, ainsi que des élus et agents municipaux.

Ce moment officiel et symbolique nous a, une fois de plus, confronté·es à la réalité accablante vécue par de nombreuses familles et membres de la communauté éducative – une situation que nous nous devons, une nouvelle fois, de porter à l’attention de toutes et tous et de dénoncer avec force.

À Melun, comme partout en France, le manque alarmant d’accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH) prive de nombreux enfants d’un accompagnement adapté et personnalisé. De surcroît, l’accès aux instituts médico-éducatifs (IME) et aux unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) est extrêmement limité du fait de la saturation de ces structures, ce qui laisse trop d’enfants sans solution adaptée.

Par ailleurs, le dispositif des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté (RASED) connaît une grave pénurie d’effectifs. Ces équipes spécialisées, composées d’enseignant·es et de psychologues, jouent un rôle crucial dans la prévention et la prise en charge des difficultés scolaires, mais leur nombre a drastiquement baissé ces dernières années, compromettant l’aide apportée aux élèves en grande difficulté.

Au niveau national, près de 17 % des élèves ayant une notification ULIS au primaire restent sans solution, tandis que ce chiffre dépasse les 22 % dans le secondaire. Plus de 4 400 enfants sont encore sur liste d’attente pour intégrer un IME, et plus de 11 000 sont totalement privé·es d’école en 2025. Certain·es enfants ne bénéficient que de quelques heures de scolarisation par semaine, et d’autres n’en ont aucune, malgré les décisions prises par la Maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH).

Cette situation crée une double peine : d’une part, les familles se retrouvent démunies face à des démarches longues et complexes, avec peu de réponses concrètes apportées ; d’autre part, les enseignant·es, confronté·es à une inclusion qui dégrade leurs conditions de travail (60 % le·la déclarent), sont souvent en souffrance, et demandent la création de nouvelles structures spécialisées ainsi qu’un renforcement des ressources pour assurer une scolarisation digne pour tou·tes. De leur côté, les élèves subissent parfois l’abandon, la précarité éducative et un risque accru de décrochage.

Cependant, la nouvelle mesure des Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) ne nous convainc pas. Nous considérons ce dispositif comme un bricolage administratif susceptible de contourner les notifications émises par les MDPH, ce qui entraînerait mécaniquement une réduction du nombre d’élèves bénéficiant d’un accompagnement réel. Cette généralisation des PAS, introduite à la dernière minute dans le Code de l’éducation, peut ainsi contribuer à dissimuler les manques criants et retarder la mise en œuvre de solutions adaptées.

Nous revendiquons une politique claire et ambitieuse qui passe par la création d’un véritable corps statutaire d’AESH, avec un recrutement massif, une formation solide et préalable, un diplôme reconnu, un statut protecteur et une rémunération digne. Nous demandons que ces professionnel·les soient employé·es à temps plein, avec un temps de travail prenant en compte l’ensemble des tâches liées à leur mission, et bénéficient de conditions de travail décentes et pérennes. Ce sont ces mesures structurelles indispensables qui permettront enfin de garantir un accompagnement individualisé et de qualité à chaque élève en situation de handicap, au sein d’une école vraiment inclusive.

Il est fondamental que l’État et l’Éducation nationale prennent toute la mesure de cet enjeu majeur et investissent pleinement dans une école inclusive, accessible et respectueuse des besoins de chacun·e. Cela nécessite non seulement des moyens humains et financiers importants, mais également une coopération étroite entre les secteurs éducatifs et médico-sociaux, une formation renforcée et une simplification des parcours administratifs.

Bonne rentrée à toutes et à tous, et une pensée particulière pour les familles, les élèves en situation de handicap et les équipes éducatives qui s’engagent chaque jour pour une école plus juste et inclusive.

Fatiya Mothay & Cécile Prim

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