Arrêté anti mendicité : le mur de la honte entre solidarité et précarité en plein hiver

Alors que l’hiver s’installe et que les fêtes approchent, le Maire décide discrètement de prendre à nouveau un arrêté anti-mendicité, applicable du 15 novembre 2025 au 28 février 2026, du lundi au samedi, de 8h à 19h, précisément au moment où les plus fragiles ont le plus besoin des solidarités collectives et individuelles. La mairie de Melun choisit de rendre la pauvreté invisible en chassant les plus précaires des lieux de passage : ce qui n’est pas visible n’existe pas, c’est du moins ce que semble espérer Monsieur le Maire.

L’arrêté interdit la mendicité sur la quasi-totalité des lieux de vie de Melun : rues piétonnes du centre-ville, abords des centres commerciaux, de la gare et des lieux de culte, aux heures où la ville est la plus fréquentée. Autrement dit, on ne laisse plus de place, précisément là où les gens circulent et pourraient donner, à la présence des personnes sans abri ou en grande précarité. Que justifie un tel arrêté en plein hiver, alors que les températures chutent et que les besoins de chaleur et d’humanité explosent ? Alors que, plus portés par la solidarité et l’empathie face au froid, les passant·es sont souvent plus enclins à la solidarité, en donnant une pièce, un peu de nourriture ou une cigarette ?

Car  si la ville a déjà eu recours à de tels procédés, renouveler cet arrêté en plein hiver et à l’approche d’échéances électorales rend encore plus cynique l’illusion d’une “terre d’avenir” prospère et lisse, sans aspérités ni pauvreté visibles. Il s’agirait de garantir “commodité et tranquillité” au badaud, quitte à effacer du paysage celles et ceux qui rappellent la violence des inégalités. En plein froid, les plus précaires de notre ville sont contraints à l’invisibilité :  dans des rues peu passantes, dans lesquelles personne ne verra leur détresse alors même que le risque vital est omniprésent. 

Cet arrêté a été pris si discrètement que nombre d’élu·es, y compris ceux en charge de la solidarité, ont découvert son existence seulement lorsque nous les avons interpellés. Sidérant, édifiant. Cette manière de procéder interroge la cohérence de la politique municipale : Comment peut-on revendiquer une politique sociale tout en excluant de la prise de décision celles et ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre auprès des plus précaires ?

Quels troubles si graves à l’ordre public justifient une mesure aussi rude, à ce moment précis ? Il faut rappeler que cette décision est en décalage avec la loi et la jurisprudence. En droit, la mendicité en elle-même n’est pas un délit, et toute mesure de police doit être nécessaire, justifiée par des troubles avérés et strictement proportionnée dans le temps et l’espace. La jurisprudence administrative, dans le prolongement de l’arrêt Benjamin de 1933, rappelle qu’une interdiction générale et absolue portant sur des libertés fondamentales est illégale. Un arrêté qui couvre presque tout le centre-ville et les lieux stratégiques aux heures d’affluence ressemble bien davantage à une interdiction générale de mendier qu’à une réponse ciblée à des situations réellement problématiques.

Cet arrêté anti-mendicité ne protège ni l’ordre public et nuit à la dignité des plus précaires ; il organise l’invisibilisation et la stigmatisation des plus précaires au moment même où ils devraient être le plus protégés. Au nom de la solidarité, du respect des droits et de la devise de la République – « Liberté, Égalité, Fraternité » – il est légitime et nécessaire d’en demander, à l’instar de la Ligue Des de l’Homme (LDH),  le retrait pur et simple, et de revendiquer à sa place des moyens renforcés d’hébergement, d’accompagnement social et de soutien aux personnes à la rue.

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