Escale aux vœux du maire : allégorie d’un vide démocratique

Néo-élu·es, c’est la première fois que nous étions convié·es en cette qualité au rituel des vœux du maire. C’était le soir du vendredi 6 janvier, à l’Escale. L’expérience fut peu surprenante pour tout dire. M. le maire Vogel s’est exécuté avec son style habituel, fait d’emphase grandiloquente dans l’autocélébration de son action (« Melun bouge ! », « Ayez confiance ! ») et d’une bonhomie de rigueur en pareilles circonstances. On est censé oublier nos désaccords le temps d’une soirée conviviale, sur scène, le sourire aux lèvres, en compagnie de tou·tes les élu·es – enfin, l’opposition, droite et gauche confondue, était reléguée au second plan, pour faire joli. L’heure n’était pas à la contradiction, mais plutôt à la démonstration de la concorde publique, après un long discours promotionnel précédé d’un clip aux accents publicitaires sur fond de musique d’ascenseur. Nous avons donc fait bonne figure, sans rien cacher de notre incrédulité. Inutile ici de reprendre et de commenter tous les points de cette mise en valeur de l’action de la majorité municipale macroniste (sans parler des annonces et nouvelles promesses : plan de circulation, arrivée du Tzen-2, NPRU…), car c’est déjà l’essentiel de ce que nous faisons lors des séances du conseil municipal. Personne ou presque n’écoutait de toute façon, chacun·e regardait sa montre : l’objectif, c’était le buffet et les papotages d’après solennités.

Ce qui nous a frappé·es, c’est surtout le peu de monde que l’événement a rassemblé. 1000 personnes étaient attendues, mais à vue de nez, selon notre comptage, seulement 500 se sont déplacées… Pour une ville qui compte 41 000 habitant·es, c’est minuscule mais en même temps révélateur d’une désertion. Encore faut-il savoir que c’est accessible à tou·tes et même s’autoriser à se déplacer à l’Escale. Si on enlève les élu·es, les maires et d’autres notabilités politiques et administratives des environs, les représentant·es des associations venant tâter le terrain, les quelques bon·nes client·es de ce type de manifestation, quelques jeunes melunais·es du conseil consultatif placé·es là, ça fait peu de monde, et c’est fort dommage.

Au pouvoir, nous procéderions sans doute autrement, en faisant en sorte, déjà, que l’information circule et que les habitant·es sachent que cette cérémonie peut revêtir un autre sens que, seulement, l’autocongratulation du pouvoir qui se regarde le nombril en public. On aurait pu imaginer, par exemple, une polyphonie de discours en lieu et place de ce monologue vogélien. On aurait pu concevoir, de même, une valorisation non publicitaire des politiques publiques, mises en mots par des actrices et acteurs impliqué·es sur tous les fronts de la solidarité, de l’entraide, de l’effort pour nous sortir de l’ornière face aux ravages en cours du changement climatique. Ça, c’est pour la forme, à concevoir avec les services de la ville et les associations ; mais évidemment, tout cela se construit aussi et surtout en interaction avec des idées, des valeurs, un programme de gouvernement (pas de la com’).

Tandis que le pouvoir en place est en proie aux divisions, que se font jour des ambitions municipales dans une majorité « en même temps », de bric et de broc, complètement épuisée par des décennies d’exercice du pouvoir, il est temps de réaliser enfin l’alternance. Nous avons annoncé la couleur dès la création de notre groupe Union Populaire : un autre Melun est possible. Cet autre Melun est même déjà là, sauf que celleux qui le font vivre ici et maintenant n’ont pas toutes et tous réalisé que pour en réaliser toutes les potentialités, cela doit passer par une rupture avec cette droite usée jusqu’à la corde, à peine régénérée par l’apport de transfuges et d’opportunistes de tous bords. Cela doit passer aussi par une rupture avec la fatalité et le sentiment de lassitude qu’on perçoit hélas encore au détour d’une conversation sur le devenir de Melun. Sans parler de l’immense indifférence à l’endroit de la vie publique, locale et nationale, qui a évidemment ses raisons mais qu’il faudra bien surmonter un jour sinon c’est la promesse d’un éternel déclin. Nous ne pouvons pas nous y résoudre.

En 2023 et dans les années qui viennent, nous continuerons à travailler pour provoquer la grande bifurcation qu’une majorité de Melunais·es attend. Nous vous souhaitons donc une excellente année, et vous pouvez compter sur notre engagement.

Cécile Prim & Arnaud Saint-Martin

Laisser un commentaire