Voilà, c’est fait. Kadir Mebarek a été élu maire de Melun lors de la séance exceptionnelle du conseil municipal organisée le 17 octobre 2023. C’était une formalité, tout était joué d’avance, mais ce fut intéressant par bien des aspects. La salle était d’ailleurs trop petite pour accueillir les nombreuses personnes du public qui ont assisté à ce rituel républicain. C’était en soi réjouissant de voir autant de monde, et on aimerait tant que ce soit le cas lors des réunions ordinaires. (Suggestion constructive pour la majorité encore aux affaires jusqu’en 2026 : offrez donc aux citoyen·nes la possibilité de poser des questions orales en fin de séance, comme c’est le cas dans d’autres villes : vous constaterez que cela impliquera bien davantage un public qui aura de bonnes raisons de faire le déplacement.)
Les candidat·es ont eu droit à un temps de parole. Pour l’Union Populaire, Arnaud Saint-Martin s’est d’abord élancé. On trouvera le texte de son discours juste après. Ségolène Durand, pour le groupe de droite LR Réinventons Melun, a pris la suite. Elle a confirmé à quel point elle est proche du nouveau maire, qu’elle a côtoyé dans la majorité dès 2008. Bénédicte Monville a, ensuite, porté la voix du collectif citoyen Bien Vivre à Melun. Enfin, pour des raisons qui nous échappent, la députée Aude Luquet s’est fendue d’une intervention lunaire, sans candidater. Pas de suspense : Kadir Mebarek l’a emporté. Son discours d’installation fut assez réussi dans son genre. Pour la faire courte : il s’agissait d’un retour autobiographique, en présence de sa famille dans l’assistance, celui d’un citoyen français d’extraction modeste, de père et de mère rapatriés d’Algérie [un 17 octobre, 61 ans après le massacre de Charonne, cela résonne naturellement], élève modèle d’une Éducation nationale qui fut à la hauteur de la promesse de méritocratie républicaine, puis avocat d’affaires parisien visiblement talentueux, engagé d’abord à gauche, sur un malentendu, puis à droite où il s’entête encore aujourd’hui, adjoint aux finances depuis 2008, rôle qu’il ne lâchera pas en sa nouvelle qualité de maire… Les adjoint·es ont été élu·es dans la foulée. Là aussi, aucun suspense. On notera, par exemple, l’accession au poste de premier adjoint de Henri Mellier, aboutissement d’une longue carrière à Melun. Une chose est claire, à l’issue de cette séance exceptionnelle : cette élection est le premier acte d’une campagne au long cours qui nous mènera à juin 2026. Kadir Mebarek en est conscient, lui qui se sait très attendu au tournant maintenant que le sénateur Vogel est de retour à Paris. Pour notre part, comme nous l’avons exprimé hier soir, l’objectif est simple : préparer l’alternance, car Melun mérite mieux !
C’est fou comme certains dénouements sont prévisibles. Cela fait des années que l’on sait qu’un jour ou l’autre, nous nous retrouverions dans cette situation, à élire un successeur à M. Vogel, lui-même successeur de M. Millet, à mi-mandat en 2016 – lui-même successeur de M. Marinelli, rendu inéligible après l’annulation de son élection en 2002. C’est maintenant que cela intervient, un 17 octobre 2023 : pas de surprise. C’est au Sénat que M. Vogel siège désormais, au Palais du Luxembourg comme horizon doré d’une carrière politique qui se poursuit en qualité de notable. Ce n’est pas un ministère, mais tout compte fait c’est cosy, sans doute plus reposant, et il paraît que les plats de la cantine y sont copieux.
Placé devant le fait accompli, on hésite entre deux impressions : d’un côté, la reconnaissance du coup politique réussi, Melun comme marchepied. De l’autre côté cependant, on ne pourra pas s’empêcher de constater le gâchis, et les effets immédiats sur la population, vérifiés dans les conversations de ci et de là : tout ça pour ça. Il faudra redoubler d’efforts pour convaincre les citoyennes et citoyens que ce que vous leur proposez, vous la majorité, ça tient encore. Ce sera à vous de gérer, auprès des électrices et électeurs que vous avez séduits en 2020, le hiatus entre la parole et les actes, les promesses et les réalisations, dans cette séquence aussi pénible qu’attendue. Nous sommes à mi-mandat et ça craque de partout.
Je me présente aujourd’hui à cette élection d’entre deux tours – le second de 2020, et le premier de 2026. Je me présente au nom du groupe Union Populaire de Melun et, au-delà, de toutes les Melunaises et tous les Melunais qui aspirent à autre chose.
Disons-le tout net : Melun mérite mieux. Mieux que cette vision étriquée et gestionnaire, ce train-train de la « ville provinciale », que vante une majorité aux affaires, qui confond action publique, promotion immobilière, marketing territorial et plan de carrière. Après des années d’abandon et de sinistrose, la ville est un chantier chaotique à ciel ouvert, elle explose par l’afflux de nouveaux habitants – c’est toujours une bonne nouvelle, mais encore faut-il les accueillir décemment.
Notre vision de la ville est tout autre. Cette ville de Melun, telle que nous la vivons, c’est autre chose que du béton ou un plan d’investissement. C’est, au contraire, une collectivité humaine, une ville populaire ; c’est un patrimoine historique et culturel divers, qui ne se résume heureusement pas à l’expérience mortifère d’un siège durant lequel, au Moyen-Âge, les Melunais furent enjoints à la fidélité à leurs murs jusqu’au dernier rat (fida muris) ; il y a aussi du gallo-romain dans les tréfonds historiques de la ville, peu mis en avant, quand il n’est pas enseveli sous le béton. Il y a, encore et surtout, un vaste brassage humain qui fait notre force et notre vitalité, des apports culturels algériens, marocains, tunisiens, portugais, italiens, espagnols, congolais, turcs, ivoiriens, kurdes… Melun est ce kaléidoscope, de même que c’est une ville jeune, poly-générationnelle, bref vivante. D’ores et déjà des utopies concrètes s’y forgent, des potentialités s’y déploient, dans les interstices, l’air de rien, et surtout dans les marges de l’action municipale. Les bonnes volontés s’organisent dans la ville, les solidarités s’y exercent, les bonnes idées y sont mutualisées, dans le tissu associatif, culturel, sportif, humanitaire, ou encore les initiatives hors les murs, mues par l’intérêt général humain : on avance de façon harmonieuse, malgré les divisions surmontables et les peurs agitées à intervalles réguliers. Il ne tient qu’à nous, nous qui devrons l’emporter dans cette ville populaire, de gauche, où l’Union Populaire menée par Jean-Luc Mélenchon a fait 38 % au premier tour des présidentielles, il ne tient qu’à nous d’accompagner ces mouvements encore hélas contraints : Melun mérite mieux.
Il y a des raisons d’espérer, mais il faut également regarder la réalité en face : on a suffisamment dit dans cette enceinte municipale que la ville est, aussi, en danger, rendue vulnérable, où de trop nombreux résidents ont du mal à vivre, matériellement, moralement, dans des quartiers ségrégués, confinés, y compris les quartiers tout neufs comme Woodi, loin de tout, et notamment des services publics les plus élémentaires, en bordure de voies rapides pour automobiles.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle tant de citoyennes et citoyens s’engagent et pour certaines et certains, nous rejoignent : c’est intolérable de constater l’appauvrissement d’une partie hélas toujours significative des habitant·es, pris·es à la gorge dans le contexte d’inflation des prix des produits de première nécessité, des énergies et de tout ce qui est essentiel pour vivre une vie digne et décente. Le taux de pauvreté de la ville est de 24 % en 2020, presque le plus haut du département, et certains quartiers sont toujours particulièrement mal lotis.
La situation ne se résoudra pas d’un claquement de doigts, c’est l’évidence, mais certaines options, stratégies et idées, sur lesquelles nous planchons d’ores et déjà, axées prioritairement sur la redistribution, la mise à plat des actions sociales de la ville, l’accent à mettre toujours plus sur toutes les formes de solidarité, pourront nous permettre de sortir de l’ornière. Ce ne sera que justice sociale, et cette exigence devra être reliée à la nécessité d’adapter la ville aux effets qui se font tant sentir de l’ébullition climatique, à l’heure des canicules sans fin, et qui fragilise les existences de celles et ceux qui sont les moins dotées pour les affronter. Dans ce domaine aussi il y a urgence : il faut réparer la ville, en faire une pointe avancée de la préservation de nos milieux de vie, de la recherche de l’harmonie des êtres humains entre eux, et avec la nature retrouvée dans la ville.
J’ai bien conscience qu’il s’agit rien de moins que de réaliser une alternance politique dans une ville gouvernée par la droite depuis 1947. C’est vertigineux pour tout le monde, dont celles et ceux qui seraient amenés à gouverner la ville. Pour autant, c’est une source de motivation et l’occasion de réimpliquer les citoyennes et citoyens. Une voie possible, en réponse à notre crise de régime démocratique, dont cette élection à mi-mandat est une illustration de plus, consistera à mettre en oeuvre une démocratisation locale et continue des orientations et décisions, notamment par l’inclusion de toutes et tous dans des conseils de quartier auxquels il faut confier davantage de pouvoirs, des budgets, des capacités d’initiatives, dans des maisons de quartier, qui seraient autant de vecteurs de sociabilité et de convivialité, mais aussi par l’organisation de référendums d’initiative citoyenne. Cela se fait ailleurs, avec succès. Il faut redonner du pouvoir d’agir aux habitant·es, une capacité de prise collective sur leur vie quotidienne et le devenir de la ville ; cela supposera que chacune et chacun puisse renouer avec la chose publique d’elle ou lui-même, et de le faire en confiance, une confiance qui ne sera pas décrétée de façon descendante, mais élaboré patiemment et ensemble, dans des agoras, des ateliers citoyens, des expérimentations politiques ou encore des projets phares. L’enjeu est ainsi de faire à nouveau cité.
On ne va pas surenchérir davantage aujourd’hui : je suis réaliste, lucide, et je sais que mes chances sont faibles de l’emporter, c’est mathématique comme on dit, mais là n’est finalement pas le propos : c’est, pour nous, l’occasion d’enclencher la seconde à mi-mandat, et d’affirmer la possibilité d’une autre vision de Melun : à construire non pas à partir de zéro, ni avec le concours de publicitaires et de cabinets de conseils en marketing territorial, mais à partir de l’expérience sensible de celles et ceux qui l’habitent. C’est d’abord aux Melunaises et Melunais, dans la salle ou derrière leur écran, que nous nous adressons ce soir : il ne tient qu’à nous d’inverser la tendance. Dans cette perspective, nous avons commencé à organiser des réunions, ouvertes et publiques, et nous continuerons les mois à venir. Le but est de partager les diagnostics, les bonnes idées et de mettre en place ensemble les conditions d’une victoire plus que possible en 2026. L’objectif est ainsi de préparer l’alternance, de rendre nécessaire et désirable un avenir en commun. Naturellement, cela ne se fera pas sans un sursaut d’orgueil, individuel et collectif. Du nerf, de l’enthousiasme et de la combativité, il en faudra pour faire mieux, car Melun le mérite infiniment.
Néanmoins, comme ce peuple melunais n’aura pas voix au chapitre ce soir, il faut composer avec cette élection d’un genre si spécial. Je conclurai par un appel. Je m’adresse à toutes et à tous, aux collègues de l’opposition, mais aussi aux membres de la majorité municipale. Parmi ces derniers notamment, on sait que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes melunais possibles. Les symptômes sont connus, et s’insinuent dans les conversations : frustration, sentiment d’impuissance, déception de n’être pas écouté ni entendu, contrariété chronique, désintérêt du futur ex-maire, etc., autant de marques qui commencent à se voir malgré les sourires de façade et la bienséance de rigueur. Cher·es collègues de la majorité qui espérez mieux, cher·es collègues dont la sensibilité de gauche n’est pas complètement éteinte après l’opération de ravalement « Melun pour vous », il n’est pas trop tard pour faire preuve d’indépendance. Votez en dehors des clous, déjouez la fatalité qui enferme la ville dans un huis clos éternel, fida muris : montrez la voie pour les échéances à venir, votez pour l’Union Populaire dès 2023 !



La bidouille à l’état pur, quand à un soutien de melanchon pour nouveau maire, en 2026 c’est la politique du pire.
Tous POURRIS à commencer par vogel qui savait être élu au sénat,obligé par le cumul à renoncer à son mandat de maire de Melun au profit de marek tout aussi blâmable,Melunais secouez vous en 2026 et votez utile.
Le sénat paie beaucoup mieux,vogel y va aussi pour le régime de retraite et les autres avantages.
Bonjour Monsieur Porquet. Merci pour votre commentaire bienveillant et plein de perspicacité. Deux corrections tout d’abord : MélEnchon, MEBarek – on passera sur les autres coquilles. Concernant ensuite le fond. Que dire, vous avez l’air bien dégoûté par la politique et c’est une attitude hélas fort partagée, quoique compréhensible vu l’état du champ aujourd’hui. De notre côté, nous ne pouvons pas nous en réjouir et c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de nous engager, préférant cela à l’exercice stérile du commentaire désabusé. Libre à vous de persévérer dans le constat du « tous pourris » qui reconduit la politique du pire. Nos meilleurs vœux pour l’année qui commence.
Je persiste.
Cest tout ce que vous trouvez à me répondre, écrire »MélEnchon et MEBarek »et passer sur les autres coquilles,une personne aussi intelligente, chercheur au CNRS l’on s’attend à mieux.
Il n’y a pas d’autres coquilles et vous le savez, la politique du dernier qui a parlé, que ne niveau des FRANCAIS ait baissé, certes mais a ce point,le CNRS comme l’état est à l’abandon.
Être dégouté de la politique et de ceux qui la représente,c’est l’évidence même surtout en ce qui concerne MélEnchon. et ce qu’il reflète.
Salutations.
Hervé PORQUET.
OK, merci pour votre réponse M. Porquet. Questions annexes qui n’engagent évidemment pas le CNRS :
1/ Qu’appelez-vous un « vote utile » dans ces conditions visiblement effroyables d’un « tous pourris » généralisé ? Qui ne le serait pas, selon votre conception très extensive ? Quelles priorités ? Quels objectifs ? Quelle stratégie pour en sortir le cas échéant ?
2/ Ensuite, avez-vous lu ce billet et les autres qui composent l’actualité de ce blog militant, sans même parler du travail de notre groupe au sein du conseil municipal de Melun ? Il y a de la matière à discuter au-delà des invectives.
Salutations.
Stérile, restons en là.
Hervé PORQUET.
Franchement pas à la hauteur, ce commentaire ultime, mais à vous de voir hein, vous avez l’air très informé et compétent.
Encore une fois vous voulez avoir le dernier mot,je vais vous laisser ce plaisir,si cela peux vous être profitable.
Commentaire pas à la hauteur, cela n’engage que vous,cela n’engage que vous.
Adieu.
Hervé PORQUET.