Lundi 2 septembre, comme partout en France, les élèves melunais ont repris le chemin de l’école. L’excitation était palpable aux portails : chacun se demandait s’il serait avec ses copains et copines ou si sa classe lui plairait. Cette petite boule au ventre que nous avons tous connue un jour. Nouveaux habits, nouvelles coupes de cheveux, tous et toutes sur leur 31 pour la rentrée, se préparant à entrer dans ce qui, hier encore, était une classe de grands.
Pour certains, dont les parents travaillent tout l’été ou par manque de moyens, cette rentrée marque la fin d’une longue période d’ennui, de chaleur subie dans des logements mal isolés et parfois insalubres, sans les vacances en famille ou l’encadrement des centres de loisirs ou sociaux en nombre insuffisant.
Avec une partie du conseil municipal, nous avons effectué la tournée-marathon des 24 établissements primaires de Melun. Les chef·fes d’établissement nous ont fait part de leurs observations concernant la rentrée de leurs élèves, enseignant·es et personnels. Dans l’ensemble, pour ce qui relève de la compétence municipale, tout semble s’être bien passé. Les services municipaux ont fait un bon travail : les commandes de matériel sont arrivées à temps, les équipements numériques sont fonctionnels, les ATSEM sont au rendez-vous, et l’engagement d’une classe par petite section est tenu. Les travaux promis cet été ont été réalisés, même si bien d’autres restent à faire. L’adjoint à l’éducation, M. Mellier, a apposé la mention RAS (« Rien à Signaler ») sur son dossier dans la majorité des écoles. Cependant, tout n’est pas parfait, car quelques points noirs subsistent, et non des moindres, liés à des décisions politiques discutables, qu’elles soient municipales ou gouvernementales – d’une ex-majorité présidentielle que la majorité municipale soutient.

Échec de l’école inclusive
Le constat est accablant et partagé par tous, majorité, opposition, familles et personnels de l’éducation : les écoles publiques manquent cruellement de moyens matériels et humains pour prendre en charge tous les enfants en situation de handicap. En 2005, Nicolas Sarkozy instaurait la loi Handicap, qui promettait le droit à une scolarisation en milieu scolaire pour les enfants handicapés. Pourtant, dès le départ, le système, sous-doté, peine à répondre aux besoins des enfants et des enseignants. En France, le nombre d’enfants handicapés scolarisés a triplé en 20 ans, mais les écoles manquent toujours plus de moyens humains et matériels pour les accueillir dignement. La coordination entre les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) et l’Éducation nationale est défaillante. Cela complique l’accompagnement des élèves et pèse lourdement sur les familles, souvent isolées face à une complexité administrative et un manque de transparence.
Les Instituts Médico-Éducatifs (IME) ferment, les classes ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire), permettant une inclusion partielle, sont trop peu nombreuses pour répondre aux spécificités de chaque handicap. Les psychologues scolaires deviennent rares. À Melun, sur six postes ouverts, seuls deux sont occupés pour plus de 5000 élèves de primaire. Les contrats d’AESH (Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap), acteurs essentiels du dispositif, sont précaires, hors statut de la fonction publique, et insuffisamment formés pour faire face à la diversité des handicaps, lorsqu’ils reçoivent une formation (60 heures initiales, parfois bien après le début d’activité). À Melun comme ailleurs, on assiste à des démissions dès le début de l’année, tant la charge est difficile. En 2019, leur mutualisation pour pallier le manque de personnel a exacerbé le mal-être des personnels et des enfants.
L’Éducation nationale, fragilisée par la limitation des moyens d’une politique gouvernementale libérale et trop peu sociale, ne parvient pas à respecter les prescriptions d’aide. Les enseignants, démunis et peu formés, peinent à gérer les situations complexes, ce qui nuit à l’inclusion des élèves handicapés et crée des tensions entre institutions, familles et personnel éducatif. En l’état, l’école dite inclusive ne répond ni aux besoins des élèves en situation de handicap ni à ceux des élèves ordinaires et des enseignant·es.
L’inclusion scolaire es pourtant une belle idée. Il ne faut pas abandonner. Chaque enfant doit avoir le droit de s’épanouir parmi ses pairs, quel que soit son parcours de vie. Mais pour qu’elle devienne une réalité vécue positivement par tous, il est vital d’améliorer la coopération entre les services, de renforcer les moyens, d’alléger les classes, de miser sur la formation des personnels éducatifs et, bien sûr, de mettre en place une grande campagne de réévaluation des salaires. Sans ces changements, l’école inclusive continuera de générer stress et souffrance parmi les familles et les personnels d’éducation. C’est pourquoi nous appelons le maire de Melun, et tou·tes les maires de France, à saisir les institutions gouvernementales pour que chaque enfant en situation de handicap bénéficie d’une scolarité à la hauteur de ses besoins.
Urbanisation intensive et manque d’anticipation
Au cours de notre tournée, nous avons assisté à la pose de la première pierre de l’extension du groupe scolaire Decourbe. C’est un beau projet sur le papier, dont l’architecture semble répondre aux besoins énergétiques et environnementaux de notre époque. Il y a deux ans, nous inaugurions le groupe scolaire Mukwege dans le nouveau quartier Woodi, construit sur d’anciennes terres agricoles au nord de Melun. Les premiers habitants de cet « écoquartier » n’avaient eu d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans d’autres écoles en attendant l’ouverture de leur propre groupe scolaire. Alors que seulement une petite moitié des logements prévus a été livrée, l’histoire se répète : l’école Mukwege a atteint en deux ans à peine sa capacité maximale. Il va falloir lui construire une extension et dispatcher les élèves surnuméraires en attendant. Puis recommencer ailleurs, probablement. Pourquoi ne pas avoir construit plus grand et dès le départ ? La mairie n’ignorait pourtant pas sa propre voracité ni celle de l’aménageur. Au jeu du Tetris, notre municipalité macroniste est passée maître, nous devons le reconnaître !

Avec les travaux du futur groupe scolaire renouvelé Decourbe, les enfants du secteur, comprenant également de nombreux projets immobiliers comme le futur « Central Nature », les enfants sont distribués dans d’autres écoles, et, ne bénéficiant pas toujours d’un ramassage scolaire, la situation est compliquée pour des parents qui n’ont pas toujours la possibilité d’amener leurs enfants à bon port.
Le constat est à répéter d’année en année : nos écoles sont sur le point de craquer, même si l’on nous assure qu’il y a de la réserve d’espace pour de nouvelles classes. En attendant, la folie immobilière va toujours plus vite. Nos cantines, elles, craquent déjà, et ce sont une centaine d’enfants qui se retrouvent sans solution à l’heure du déjeuner dès la semaine de la rentrée. Même si les services font leur possible pour remédier au problème, la ville ne parvient pas à l’heure actuelle à faire respecter le code de l’éducation qui stipule que « l’inscription à la cantine des écoles primaires, lorsque ce service existe, est un droit pour tous les enfants scolarisés. Il ne peut être établi aucune discrimination selon leur situation ou celle de leur famille ». Pourtant, de nouvelles tables ont été ouvertes grâce à l’acquisition providentielle de l’ancienne cantine du groupe ENEDIS à deux pas des écoles Abélard et Héloïse, mais les travaux de la cantine du quartier de l’Almont pour réparer les dégâts liés à l’incendie de juin 2023 lors des révoltes urbaines ne sont toujours pas achevés, ce qui ajoute à une tension déjà latente. Espérons que lorsque cette cantine rouvrira dans le courant de l’année, tous les enfants seront pris en charge. D’ici là, la municipalité doit trouver une solution pour que chaque enfant puisse manger à sa faim, dans une ville où 30 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté.
Les écoles privées dans l’angle mort
Comme chaque année, et malgré nos demandes régulières, réitérées en séance du conseil municipal, nous n’avons pas pu visiter les écoles privées confessionnelles melunaises. Alors que les financements publics (nos impôts !) couvrent en moyenne 73 % de leurs fonds, elles échappent aux contraintes du secteur public, telles que la sectorisation et la mixité sociale. Au même moment, l’école publique souffre cruellement d’un manque de fonds et de politiques ambitieuses pour offrir une éducation de qualité adaptée à tous les élèves et doit affronter des défis croissants avec des moyens toujours plus insuffisants. Nos impôts, au lieu de promouvoir l’égalité des chances, financent un système qui renforce l’élitisme et creuse les fractures sociales. Il est nécessaire, on le voit bien à Melun, d’opérer une réforme complète du système en intégrant les établissements privés dans la carte scolaire, en conditionnant leur financement à des objectifs clairs de mixité sociale et en abrogeant la loi Carle, qui impose aux communes de financer la scolarisation dans des écoles privées situées hors de leur territoire. Tant que cette politique injuste persistera, nous continuerons à nous y opposer fermement, pour l’égalité de tous les élèves.
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En conclusion, cette rentrée scolaire à Melun, si elle semble s’est plutôt bien passée pour la majorité des élèves, révèle des tensions croissantes entre des infrastructures saturées et des ambitions non soutenues par des moyens adéquats. Pour offrir à chaque enfant le cadre éducatif auquel il a droit, il est plus qu’urgent que la ville et l’État repensent leurs priorités, par le renforcement de l’égalité dans l’allocation des ressources à l’éducation et par l’anticipation des contraintes et devoirs d’un développement urbain dont on ne voit pas la fin. Tant que cette politique néolibérale injuste se poursuivra, tant que les fragilités sociales ne seront pas prises en compte, nous continuerons de le dénoncer. Seule une action coordonnée et à la hauteur des besoins de la population melunaise permettra d’assurer un avenir serein à toutes et tous, de garantir que chaque enfant puisse s’épanouir pleinement et dans l’égalité, et puisse donner corps à ses aspirations.
Cécile Prim et Arnaud Saint-Martin


